Ce que l’algorithme de Pornhub raconte (vraiment) de nos désirs… !

Je suis tombée un peu par hasard sur une enquête YouTube signée Charlie Danger, sur sa chaîne Les Revues du Monde. Le titre ? J’ai infiltré l’algorithme de Pornhub.

Autant être honnête : au début, je me suis dit “ok, encore une vidéo alarmiste sur le porno, la dopamine et la fin du désir”. Spoiler : ce n’est pas du tout ça.

Ce qui m’a marquée, ce n’est pas ce que la vidéo condamne.
C’est ce qu’elle révèle, presque malgré elle, sur le porno mainstream, ses mécaniques… et ce que ça dit de nous.

Ce que le porno mainstream nous montre… et ce qu’on fantasme vraiment

Dès les premières minutes, un malaise familier s’installe. Celui qu’on ressent tou·tes sans toujours réussir à le formuler. Sur les grandes plateformes comme Pornhub, les vidéos mises en avant tournent en boucle autour des mêmes mots-clés, des mêmes scénarios, des mêmes dynamiques.

Toujours les mêmes ficelles. Toujours les mêmes codes. Toujours la même histoire racontée sous des angles à peine différents. Et pourtant, quand on regarde les études sur les fantasmes sexuels, ce décalage saute aux yeux. Ce que les gens disent désirer ne correspond pas vraiment à ce qui est massivement mis en avant.

Le problème, ce n’est pas qu’on fantasme “mal”. C’est qu’à force d’exposition, on finit par trouver normal ce qui est surtout devenu familier.

Quand les chiffres calment… mais posent de vraies questions

L’équipe de Charlie Danger ne s’est pas contentée d’observer. Ils ont analysé un dataset colossal : 1,7 million de vidéos. Oui, certains mots-clés font peur : “teen”, “inceste”, “violence”… Mais quand on regarde de plus près, la réalité est plus nuancée que l’imaginaire collectif.

Prenons la catégorie “teen”. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, seules environ 2 % des vidéos populaires mettent réellement en scène des actrices perçues comme très jeunes. Le reste relève surtout du marketing, du fantasme d’âge, de la mise en scène.

Même chose pour l’inceste. Il ne s’agit pas d’inceste biologique, mais de jeux de rôle, d’ambiguïtés scénarisées, de titres volontairement provocateurs. Ce qui dérange, au fond, ce n’est pas uniquement le contenu. C’est ce qu’il révèle d’un mécanisme très simple : là où il y a du tabou, il y a du clic.

La violence : moins évidente, mais plus sournoise

C’est probablement la partie qui m’a le plus surprise. Parce que, contrairement aux discours ultra anxiogènes, la violence n’est pas omniprésente dans les proportions qu’on imagine. Mais tout dépend de ce qu’on appelle “violence”.

Sur ces plateformes, une fessée ou un étranglement consenti peuvent être classés comme contenus violents. Ce qui brouille totalement les repères. La vraie question n’est donc pas :“Est-ce que le porno est violent ?” Mais plutôt : comment définit-on la violence dans un contexte sexuel ? Et surtout : pourquoi certaines dynamiques de domination se retrouvent-elles si souvent propulsées en tête des classements ?

Ce qui pose problème, ce n’est pas l’image isolée. C’est la répétition de schémas de pouvoir et de rapports de genre qui, à force, deviennent une norme implicite.

Là où la vidéo serre vraiment la gorge : le consentement

Un chiffre, cette fois, ne laisse pas place à l’interprétation. Sur un échantillon de 50 vidéos analysées, 8 mettent en scène des situations clairement non consenties. Huit. C’est énorme. Et surtout, c’est interdit par les règles mêmes de la plateforme.

Là, on ne parle plus de fantasmes, de kinks ou de scénarios négociés. On parle de scènes qui enfreignent des règles légales et éthiques. Le non-consentement utilisé comme ressort narratif, comme “surprise excitante”, ce n’est pas ambigu. C’est non. Un non ferme. Un non qui devrait être non négociable.

Pourquoi cette enquête sur Pornhub est si importante ?

Parce qu’elle nous rappelle une chose essentielle : le porno mainstream n’est pas juste une somme de vidéos isolées.

C’est un système. Un vocabulaire. Une manière de raconter le désir, le pouvoir, les rôles sexuels. Et à force d’y être exposé·es, même sans y adhérer consciemment, on finit par intégrer ses codes. Par mimétisme. Par habitude.

Comprendre comment fonctionne ce modèle, ce n’est pas le rejeter en bloc. Ce n’est pas non plus le reproduire. C’est savoir où on se situe. Et c’est seulement à partir de là qu’on peut imaginer autre chose. Un porno plus éthique, plus divers, plus nuancé, plus respectueux. Un espace qui ressemble davantage à nos désirs réels qu’à des algorithmes affamés de clics. Et franchement ? Rien que pour ça, cette enquête mérite d’être vue, discutée… et digérée lentement.

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