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Sexualité Positive Par Sarah B 11 février 2026 · 7 min

Ce que l’algorithme de Pornhub raconte (vraiment) de nos désirs… !

Illustration : une femme aux cheveux noirs bouclés observe à travers une loupe, l’air sceptique

Je suis tombée un peu par hasard sur une enquête YouTube signée Charlie Danger, sur sa chaîne Les Revues du Monde. Le titre ? J’ai infiltré l’algorithme de Pornhub.

Autant être honnête : au début, je me suis dit “ok, encore une vidéo alarmiste sur le porno, la dopamine et la fin du désir”. Spoiler : ce n’est pas du tout ça.

Ce qui m’a marquée, ce n’est pas ce que la vidéo condamne.
C’est ce qu’elle révèle, presque malgré elle, sur le porno mainstream, ses mécaniques… et ce que ça dit de nous.

Ce que le porno mainstream nous montre… et ce qu’on fantasme vraiment

Dès les premières minutes, un malaise familier s’installe. Celui qu’on ressent tou·tes sans toujours réussir à le formuler. Sur les grandes plateformes comme Pornhub, les vidéos mises en avant tournent en boucle autour des mêmes mots-clés, des mêmes scénarios, des mêmes dynamiques.

Toujours les mêmes ficelles. Toujours les mêmes codes. Toujours la même histoire racontée sous des angles à peine différents. Et pourtant, quand on regarde les études sur les fantasmes sexuels, ce décalage saute aux yeux. Ce que les gens disent désirer ne correspond pas vraiment à ce qui est massivement mis en avant.

On avait déjà croisé ce décalage en regardant de près ce que les femmes veulent vraiment voir dans le porno. Même constat : le mainstream est à côté de la plaque.

Le problème, ce n’est pas qu’on fantasme “mal”. C’est qu’à force d’exposition, on finit par trouver normal ce qui est surtout devenu familier.

Quand les chiffres calment… mais posent de vraies questions

L’équipe de Charlie Danger ne s’est pas contentée d’observer. Ils ont analysé un dataset colossal : 1,7 million de vidéos. Oui, certains mots-clés font peur : “teen”, “inceste”, “violence”… Mais quand on regarde de plus près, la réalité est plus nuancée que l’imaginaire collectif.

Prenons la catégorie “teen”. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, seules environ 2 % des vidéos populaires mettent réellement en scène des actrices perçues comme très jeunes. Le reste relève surtout du marketing, du fantasme d’âge, de la mise en scène.

Même chose pour l’inceste. Il ne s’agit pas d’inceste biologique, mais de jeux de rôle, d’ambiguïtés scénarisées, de titres volontairement provocateurs. Ce qui dérange, au fond, ce n’est pas uniquement le contenu. C’est ce qu’il révèle d’un mécanisme très simple : là où il y a du tabou, il y a du clic.

La violence : moins évidente, mais plus sournoise

C’est probablement la partie qui m’a le plus surprise. Parce que, contrairement aux discours ultra anxiogènes, la violence n’est pas omniprésente dans les proportions qu’on imagine. Mais tout dépend de ce qu’on appelle “violence”.

Sur ces plateformes, une fessée ou un étranglement consenti peuvent être classés comme contenus violents. Ce qui brouille totalement les repères. La vraie question n’est donc pas :“Est-ce que le porno est violent ?” Mais plutôt : comment définit-on la violence dans un contexte sexuel ? Et surtout : pourquoi certaines dynamiques de domination se retrouvent-elles si souvent propulsées en tête des classements ?

Ce flou ne date pas d’hier. Pour décrire les vidéos, l’équipe dit s’être appuyée sur une étude de référence publiée en 2010, qui décortiquait 304 scènes tirées des films X les plus vendus. Résultat à l’époque : 88,2 % des scènes contenaient une agression physique. Sauf que dans le lot, on trouve surtout des fessées, des gifles et du “gagging” (les haut-le-cœur provoqués), et que les personnes visées réagissaient le plus souvent avec plaisir ou de façon neutre. Tout dépend donc, là encore, de ce qu’on range derrière le mot.

Un point, en revanche, ne se discute pas dans cette étude : les auteurs de ces gestes étaient en général des hommes, et celles qui les recevaient, presque toujours des femmes.

Ce qui pose problème, ce n’est pas l’image isolée. C’est la répétition de schémas de pouvoir et de rapports de genre qui, à force, deviennent une norme implicite.

Là où la vidéo serre vraiment la gorge : le consentement

Illustration : une femme lève la main, paume ouverte, pour dire stop

Un chiffre, cette fois, ne laisse pas place à l’interprétation. Sur un échantillon de 50 vidéos analysées, 8 mettent en scène des situations clairement non consenties. Huit. C’est énorme. Et surtout, c’est interdit par les règles mêmes de la plateforme.

Là, on ne parle plus de fantasmes, de kinks ou de scénarios négociés. On parle de scènes qui enfreignent des règles légales et éthiques. Le non-consentement utilisé comme ressort narratif, comme “surprise excitante”, ce n’est pas ambigu. C’est non. Un non ferme. Un non qui devrait être non négociable.

Même logique, poussée à l’extrême, avec le deepfake porn, où l’IA se passe tout simplement de l’accord de la personne.

Ce que l’enquête ne traite pas (et elle l’assume)

Pour être juste, il faut aussi dire ce que cette vidéo ne fait pas. Son équipe le précise noir sur blanc dans la description : le travail porte uniquement sur les algorithmes de recherche et sur ce qu’ils disent de nos fantasmes. Les conditions de tournage et l’exploitation des travailleur·ses du sexe n’y sont pas abordées. L’usage du porno par les mineurs non plus.

Ce n’est pas un oubli, c’est un choix : chacun de ces sujets mériterait sa propre enquête. Mais c’est bon à garder en tête au moment de se faire un avis. Une plateforme peut très bien avoir un algorithme moins caricatural qu’on ne le pense… et poser d’énormes problèmes ailleurs.

Pourquoi cette enquête sur Pornhub est si importante ?

Parce qu’elle nous rappelle une chose essentielle : le porno mainstream n’est pas juste une somme de vidéos isolées.

C’est un système. Un vocabulaire. Une manière de raconter le désir, le pouvoir, les rôles sexuels. Et à force d’y être exposé·es, même sans y adhérer consciemment, on finit par intégrer ses codes. Par mimétisme. Par habitude.

Comprendre comment fonctionne ce modèle, ce n’est pas le rejeter en bloc. Ce n’est pas non plus le reproduire. C’est savoir où on se situe. Et c’est seulement à partir de là qu’on peut imaginer autre chose. Un porno plus éthique, plus divers, plus nuancé, plus respectueux. Un espace qui ressemble davantage à nos désirs réels qu’à des algorithmes affamés de clics. Quitte à sortir la carte bleue : on détaille ici 5 raisons de payer pour regarder du porno. Et franchement ? Rien que pour ça, cette enquête mérite d’être vue, discutée… et digérée lentement.

Les questions qu’on se pose sur cette enquête

Où voir l’enquête de Charlie Danger sur Pornhub ?

Sur YouTube, sur la chaîne Les Revues du Monde. J’ai infiltré l’algorithme de Pornhub a été publiée le 9 novembre 2025 et dure 1 h 26. La vidéo est soumise à une limite d’âge : il faut être connecté·e à un compte YouTube pour la regarder. Début octobre 2026, elle avait dépassé le million de vues.

Qui a réalisé cette enquête sur Pornhub ?

Charlie Danger, vidéaste et vulgarisatrice, qui anime Les Revues du Monde depuis 2014. Pour ce sujet, la recherche et l’écriture sont signées à quatre : Charlotte Herpin, Mohamed Ouaguenouni, Hélène Pollet et elle. Mohamed Ouaguenouni intervient aussi dans la vidéo.

Sur quelles sources s’appuie l’enquête ?

L’équipe a publié sa liste de sources sous la vidéo. On y trouve des sondages sur les fantasmes, les statistiques annuelles de Pornhub, les rapports officiels français sur la pornographie (Haut Conseil à l’Égalité, Sénat, Académie de médecine) et les critiques qui leur ont été faites, ainsi qu’une série d’études scientifiques sur les effets du porno.

Que dit la vidéo sur l’addiction au porno ?

Elle affirme que l’addiction au porno n’existe pas. Face aux réactions, l’équipe a ajouté une mise au point sous la vidéo : c’est le consensus scientifique actuel, qui peut évoluer, et ses membres reconnaissent avoir été “trop fermes et maladroits” sur ce point. Ils invitent toute personne en difficulté avec sa consommation à en parler à un médecin ou à un groupe d’aide. Pour aller plus loin, on a fait le point sur ce que la science dit vraiment des dangers du porno.

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