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Sexualité Positive Par Sarah B 29 avril 2026 · 9 min

Femme Fontaine : Qu’est ce que c’est ? Quels sont les différents types ?

Illustration : une femme rit les yeux fermés, trois gouttes d’eau à côté de son visage

Pendant un rapport sexuel, certaines femmes expulsent du liquide par l’urètre : parfois quelques gouttes, parfois un vrai jet. Selon les études, entre 10 et 54 % des femmes l’ont déjà vécu. Quand la quantité est abondante, on parle familièrement de femme fontaine.

Une femme fontaine est une femme qui éjacule. Et oui, l’éjaculation n’est absolument pas réservée aux hommes. C’est une femme qui, au moment de l’excitation sexuelle ou lors de l’orgasme, parvient à éjecter un liquide en jet depuis son urètre. Les volumes varient beaucoup d’une personne à l’autre : de quelques millilitres pour l’éjaculation féminine au sens strict, à 10 ml ou plus pour le squirting (Pastor et Chmel, 2022). Ce phénomène, souvent associé à la stimulation du point G, reste encore aujourd’hui mal compris du grand public, et même de certains professionnels de santé.

Longtemps tabou, ignoré par la médecine ou réduit à un fantasme pornographique, le squirting (terme anglais consacré) est pourtant un phénomène physiologique réel, documenté scientifiquement et expérimenté par une part significative des femmes.

À ne pas confondre : éjaculation féminine et lubrification vaginale

Il est important de distinguer deux phénomènes bien distincts que l’on confond souvent :

La lubrification vaginale (ou cyprine) est une sécrétion naturelle produite par les parois du vagin. Il s’agit d’un mécanisme automatique et involontaire, qui s’enclenche généralement dans les 10 à 30 secondes suivant le début de l’excitation sexuelle. Son rôle est avant tout mécanique : réduire les frictions et préparer le corps au rapport sexuel. La cyprine ne sort pas en jet et n’est pas liée à l’orgasme.

L’éjaculation féminine, elle, est un phénomène distinct : un liquide est expulsé de façon plus ou moins puissante depuis l’urètre, en lien avec une stimulation spécifique ou un orgasme. Les deux phénomènes peuvent se produire simultanément, mais ils n’ont ni la même origine, ni la même composition, ni le même mécanisme.

Illustration : une femme regarde avec curiosité une goutte d’eau au-dessus de sa main

La composition du liquide éjaculé par une femme fontaine a longtemps suscité le débat dans la communauté scientifique. Est-ce de l’urine ? Une sécrétion glandulaire ? Un mélange des deux ? Les recherches récentes permettent aujourd’hui d’y voir un peu plus clair.

Les glandes de Skene : la « prostate féminine »

Les études s’accordent à dire que l’éjaculation féminine, au sens strict, est produite par les glandes de Skene (aussi appelées glandes para-urétrales), situées de part et d’autre de l’urètre. Ces glandes sont fonctionnellement comparables à la prostate masculine, à tel point qu’on les surnomme parfois « prostate féminine ». Elles sécrètent notamment du PSA (antigène prostatique spécifique), une protéine habituellement associée à la prostate des hommes.

Ces glandes ne produisent que quelques millilitres d’un liquide épais et blanchâtre (Rubio-Casillas et Jannini, 2011) : un volume bien inférieur aux quantités observées lors du squirting. Les grands jets de liquide clair viennent donc d’ailleurs.

Le rôle de la vessie

Une étude française publiée en 2015 dans le Journal of Sexual Medicine (Salama et al.) a suivi par échographie la vessie de sept femmes avant et après un épisode de squirting. Résultat : la vessie, vidée avant l’acte, se remplissait pendant la stimulation, puis se vidait lors du squirting. Le liquide recueilli avait la même composition que l’urine (urée, créatinine, acide urique), avec en plus du PSA, la signature des glandes de Skene, chez cinq femmes sur sept.

En 2022, une équipe japonaise a fait la démonstration autrement : un colorant bleu injecté dans la vessie de cinq femmes est ressorti dans le liquide chez les cinq. Le PSA, lui, était présent chez quatre d’entre elles (Inoue et al., 2022).

Autrement dit, le squirting vient surtout de la vessie : c’est une urine très diluée, claire, à laquelle s’ajoute souvent un peu de sécrétion des glandes de Skene. Cela explique les volumes parfois importants. Pas de quoi s’inquiéter pour autant : ce n’est pas « faire pipi » au sens habituel. L’émission est involontaire, liée à l’excitation, et elle n’a rien d’un problème de santé.

Une revue de la littérature scientifique estime que 10 à 54 % des femmes ont déjà connu une éjaculation féminine (Pastor, 2013). L’écart entre ces chiffres vient des définitions : pendant longtemps, on a rangé sous le même mot des phénomènes différents.

Depuis une dizaine d’années, les chercheurs en distinguent deux, qui peuvent se produire en même temps (Pastor et Chmel, 2022) :

Le phénomèneCe qui le caractérise
Éjaculation féminineQuelques millilitres d’un liquide épais et blanchâtre, produit par les glandes de Skene et riche en PSA.
Squirting10 ml ou plus d’un liquide clair, expulsé par la vessie, proche d’une urine très diluée.
Les deux à la foisFréquent : c’est pour cela qu’on retrouve souvent du PSA dans le liquide du squirting.

Et l’incontinence dans tout ça ? C’est encore autre chose : des fuites d’urine pendant la pénétration ou à l’orgasme, liées à un trouble urinaire. Si des fuites surviennent aussi en dehors du plaisir (à la toux, à l’effort), parlez-en à un médecin ou à une sage-femme.

Le déclencheur : une stimulation, pas forcément un orgasme

Le squirting se déclenche le plus souvent par une stimulation de la paroi antérieure du vagin, avant ou pendant l’orgasme. Dans l’étude japonaise, trois femmes y parvenaient par stimulation manuelle, deux pendant la pénétration.

Le frein : la peur d’uriner

L’état d’esprit compte autant que la technique. Le principal obstacle est souvent la peur de « se faire pipi dessus » : la sensation de pression sur la vessie est interprétée comme une envie d’uriner, ce qui pousse le corps à se contracter plutôt qu’à se relâcher. Le lâcher-prise, physique et émotionnel, fait souvent la différence.

Pour résumer : il existe deux phénomènes, l’éjaculation féminine (peu de liquide, venu des glandes de Skene) et le squirting (beaucoup plus de liquide, venu de la vessie), et ils se combinent souvent. Toutes les femmes n’en feront pas l’expérience : ce n’est ni un objectif, ni une anomalie.

Illustration : une femme fait un clin d’œil, une serviette bleue serrée contre elle

Comment squirter ? Nos 10 conseils pour se mettre dans les meilleures conditions

Il n’existe aucune méthode miracle, et c’est important de le rappeler : le squirting n’est pas une performance à atteindre. Ce n’est ni une mesure de plaisir, ni un critère de sexualité épanouie. Certaines femmes n’éjaculeront jamais, et c’est tout à fait normal. D’autres le feront sans l’avoir cherché.

Si vous souhaitez explorer ce phénomène, voici 10 étapes pour mettre toutes les chances de votre côté :

1. Préparez votre espace. Disposez une serviette imperméable ou un protège-matelas sous vous. Savoir que vous n’avez pas à vous inquiéter des draps libère l’esprit, et c’est essentiel.

2. Hydratez-vous correctement. Le liquide du squirting vient surtout de la vessie : mieux vaut ne pas être déshydratée. Buvez suffisamment dans les heures qui précèdent.

3. Accordez-vous du temps. Ne vous précipitez pas. L’excitation doit s’installer progressivement. Prévoyez une session sans contrainte de temps.

4. Commencez par le clitoris. Le clitoris est la principale source de plaisir féminin. Une stimulation clitoridienne prolongée prépare l’ensemble du tissu érectile interne, dont le point G, à être stimulé efficacement.

5. Localisez et stimulez le point G. La zone qu’on appelle point G se situe sur la paroi antérieure du vagin (côté ventre), à quelques centimètres de l’entrée. Son existence comme point précis est discutée (on fait le tour de la question dans notre article sur le point G), mais cette zone est souvent décrite comme plus sensible, à la texture légèrement différente. Exercez une pression ferme et rythmique avec un ou deux doigts recourbés, ou avec un sextoy adapté.

6. Utilisez un sextoy conçu pour ça. Certains vibromasseurs sont spécifiquement conçus pour la stimulation du point G, avec une tête incurvée et une pression accrue. Consultez notre article dédié : 5 sextoys pour femme fontaine.

7. Ne craignez pas l’envie d’uriner. La sensation de pression que vous ressentez est normale : la vessie se remplit pendant la stimulation. Urinez avant la session pour être rassurée, puis laissez cette sensation venir sans la bloquer.

8. Travaillez votre plancher pelvien. Des muscles périnéaux à la fois toniques et conscients vous permettront de mieux contrôler, et surtout de mieux relâcher, au bon moment. Les exercices de Kegel peuvent aider à développer cette conscience corporelle.

9. Lâchez prise, mentalement et physiquement. C’est le conseil le plus difficile à appliquer, mais le plus déterminant. L’éjaculation féminine demande une capitulation totale : cessez de « vouloir » squirter, et concentrez-vous uniquement sur les sensations du moment présent.

10. Soyez indulgente avec vous-même. Si ça ne se passe pas cette fois-là, ce n’est pas grave. Le plaisir ressenti en explorant ces sensations a de la valeur en soi, quelle qu’en soit l’issue.

Pour aller plus loin : notre guide comment faire jouir une femme, et notre article sur la différence entre orgasme et jouir.

La femme fontaine n’est ni un mythe pornographique ni une exception anatomique : c’est un phénomène physiologique réel, ancré dans la biologie féminine, encore sous-étudié et souvent mal compris. Comprendre son propre corps, lever les tabous autour de l’éjaculation féminine et explorer ses sensations sans pression ni performance : voilà l’essentiel.

Les questions qu’on se pose sur les femmes fontaines

Toutes les femmes peuvent-elles être fontaines ?

Non, et rien n’oblige à l’être. Selon les études, entre 10 et 54 % des femmes ont déjà connu une éjaculation féminine. L’activité des glandes de Skene varie d’une femme à l’autre, et le squirting dépend aussi de la stimulation et du lâcher-prise. Ne jamais squirter ne dit rien de votre plaisir.

Le liquide d’une femme fontaine est-il de l’urine ?

En grande partie, oui. Les études par échographie et par colorant montrent que le liquide du squirting vient de la vessie : c’est une urine très diluée, claire, souvent mêlée à un peu de sécrétion des glandes de Skene. Rien de sale ni d’inquiétant là-dedans.

Quelle différence entre squirt et éjaculation féminine ?

L’éjaculation féminine, au sens strict, c’est quelques millilitres d’un liquide épais et blanchâtre, produit par les glandes de Skene. Le squirt (ou squirting), c’est 10 ml ou plus d’un liquide clair, expulsé par la vessie. Les deux peuvent se produire en même temps.

Est-ce normal de ne jamais squirter ?

Oui, tout à fait. Expulser du liquide ne fait pas partie de l’orgasme de la plupart des femmes, rappellent les chercheurs. Ce n’est ni un signe de plaisir plus fort, ni une étape à atteindre.

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